Olivier's profileAnecdotes de la Conquête...PhotosBlogListsMore ![]() | Help |
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August 30 STS-2 - Faux départ !Le journal « The Detroit News » a un peu précipitamment annoncé le décollage de la deuxième mission de la navette Columbia (STS-2) le 4 novembre 1981. L’impression de l’édition du matin ne pouvant plus attendre et afin de toujours être à la pointe de l'information*, c’est à deux minutes du décollage que le rédacteur en chef donne le feu vert... Les rotatives démarrent.
A la une :
Columbia repart une deuxième fois Décollage parfait pour la navette "d'occasion"
Le problème c’est qu’à T moins 31 secondes le compte à rebours est interrompu et le vol reporté au 12 novembre. Un exemplaire devenu « collector » !
* C'est la première fois dans l'Histoire, qu'un même vaisseau spatial refait un deuxième vol dans l'espace. August 28 Wernher Von Braun et Robert Gilruth - Ennemis d'hier, ennemis d'aujourd'hui !Robert Gilruth, Maxime Faget, Chuck Mathews et Christopher Kraft du Space Task Group déjeunent à la cafétéria du Centre de Recherche Langley, au cour de la conversation, ils évoquent la fusée Redstone et les relations qu’ils entretiennent avec les "allemands de Huntsville". « C’est bizarre de travailler avec les gens que nous détestions pendant la guerre » lance Chris Kraft « Je n’ai pas eu l’occasion de rencontrer Von Braun. Comment est-il ? » Gilruth lui lance un regard désapprobateur comme pour lui dire d’éviter d’aborder ce sujet. Au bout de quelques instants, il finit quand même par donner son sentiment : « Von Braun se fiche éperdument du drapeau pour lequel il se bat ».
En privé, Gilruth appelle Von Braun : « That damned nazi ! » (Ce satané nazi !)
Cette animosité peut s’expliquer bien évidemment par le passé de Von Braun, par des considérations ethniques, Gilruth est de confession juive. Mais pas seulement... Von Braun est une célébrité aux Etats-Unis, beaucoup d’américains pensent d’ailleurs que c’est lui qui dirige le programme spatial. Lors des conférences de presse où il est présent en compagnie de Robert Gilruth, de l’administrateur de la NASA et d’autres officiels de l’agence, la plupart des questions lui sont systématiquement adressées ! Accessoirement ses articles, participations à des émissions télévisées et livres lui ont bien évidemment rapporté de substantiels revenus. Forcément, cette immense notoriété et une certaine aisance matérielle ont fait beaucoup d’envieux !
Les rapports entre Gilruth et von Braun seront d’abord conflictuels, puis « distants ». A tel point que Von Braun confiera à son adjoint Eberhard Rees que les mauvaises relations entre les deux centres* risquent de mettre en péril le programme Apollo !
* Wernher Von Braun est le directeur du Centre Spatial Marshall situé à Huntsville en Alabama - Robert Gilruth est le directeur du Centre des vols spatiaux habités, près de Houston au Texas (Centre Spatial Johnson depuis 1973) August 27 Alan Shepard - A trois semaines près !Dans la soirée du 19 janvier 1961, lorsque son mari lui dit droit dans les yeux: « Tu prends dans tes bras, l’homme qui sera le premier à aller dans l’espace », Louise Shepard s’exclame « Qui a laissé entrer un russe ici ? »
Cette boutade s’avèrera hélas prophétique car trois mois plus tard, Youri Gagarine est le premier et Alan Shepard ne sera que le deuxième... à trois semaines près ! (23 jours exactement !) Shepard est furax et il le fait savoir, en privé comme en public: « On les tenait, on était à un cheveu et on a laissé passer notre chance »
Le vol suborbital du Chimpanzé Ham (Mercury Redstone 2 du 31 janvier 1961) ayant connu quelques problèmes, Wernher Von Braun avait préféré jouer la sécurité et avait ordonné un autre vol d’essai [MR-BD le 24 mars 1961 – Les membres du Space Task Group ont donné à cette mission la dénomination BD (Booster Development) pour marquer leur désapprobation. Ils voulaient faire passer le message que leur capsule était fin prête, contrairement au lanceur !]. Les astronautes et les membres du STG, Robert Gilruth et Christopher Kraft en tête, ont vainement tenté de faire pression sur Von Braun. Quant aux dirigeants de la NASA, plutôt fébriles, ils ont également opté pour la prudence. Kraft fera ce commentaire sardonique : « Nous étions freinés de l’extérieur par des médecins timorés et maintenant nous avons des allemands tout aussi poltrons qui sabotent notre programme de l’intérieur ».
MR-BD ayant été un succès, il était facile de critiquer Von Braun pour son manque de... prise de risque ! Mais c'est à lui seul qu'aurait incombé la responsabilité de l'échec en cas de défaillance de la Redstone. (Tout le monde se rappelle du fiasco MR-1 - cf anecdote du 19 décembre 2007 intitulée "Un nouveau record" - Time magazine avait ridiculisé Von Braun pour avoir minimisé l'échec de ce lancement) La fiabilité du lanceur était alors estimée à 88%, la survie de l'astronaute, grâce au système d'éjection de la capsule (Launch Escape Tower), à 98%. August 26 Sergueï Koroliov et Wernher Von BraunAu début des années 60, Sergueï Korolev est dans son bureau avec l’une de ces assistantes Antonina Otrieshka, après avoir longuement contemplé une photo de Wernher Von Braun, à la une d’un journal américain *, il fait la réflexion suivante : « On devrait être amis »
Voilà une remarque plutôt étonnante… Il est vrai que l’on peut noter de nombreuses similitudes entre les deux hommes : ils ont chacun commencé à s’intéresser aux fusées au début des années 30, ils ont tous les deux été des leaders, ô combien charismatiques, et de fervents avocats de la conquête spatiale habitée, ils ont commencé leur carrière en travaillant sur les applications militaires des fusées. (Même leur fin sera similaire, puisqu’ils décèderont tous les deux des suites d’un cancer du colon, Korolev à 59 ans, Von Braun à 65 !
D’aucuns le considèrent comme l’équivalent soviétique de Wernher Von Braun, je ne suis pas tout à fait d’accord car le rôle de Korolev dans le programme spatial soviétique était très largement supérieur à celui de Von Braun aux Etats-Unis, rien de comparable. Korolev était le véritable maître d’œuvre, l’architecte du programme spatial soviétique, il supervisait tout, du choix de la forme sphérique du premier satellite artificiel, Spoutnik, au choix du premier homme dans l’espace. Il faisait même office de "CapCom" lors du vol de Youri Gagarine (…) Ses responsabilités étaient autrement plus étendues.
A la différence de Von Braun, raisons d’état oblige, Korolev est resté dans l’ombre et l’anonymat jusqu’à sa mort en 1966. Le nom du mystérieux Constructeur Principal n’a été révélé qu’à ce moment là. Triste sort pour cet homme exceptionnel !
Ah si Korolev et Von Braun avaient pu être amis !
* Korolev avait un service de traduction qui lui traduisait les journaux et publications américaines spécialisées. August 24 Ad Apollo gloriamUne pierre de Lune âgée de 3,6 milliards d’années, ramenée sur Terre par Apollo 11, a été emmenée à bord de la Station Spatiale Internationale par la navette Discovery le 17 mars dernier, dans le cadre des commémorations du 40ème anniversaire du premier atterrissage humain sur la Lune, le 20 juillet 1969 (Heure de Houston).
Cette pierre de 21 grammes qui porte le numéro 10072.41 est le deuxième échantillon de roche lunaire à repartir dans l’espace (cf anecdote Apollo 16 – Une pierre lunaire ramenée par Apollo XII refait le voyage vers le Lune). La présence "secrète" de ce morceau de Lune dans la station spatiale n’a été révélée que le 20 juillet 2009 lors de la cérémonie qui s’est tenue au National Air and Space Museum de Washington D.C. Ce fut une surprise totale pour les trois astronautes d’Apollo 11 présents. Cette pierre, ramenée sur Terre par la navette Endeavour le 31 juillet dernier, à l’issue de la mission STS-127, sera exposée à travers tous les Etats-Unis, elle symbolise la volonté de ce pays de retourner sur la Lune !
Il est déjà prévu que lorsque des astronautes repartiront sur la Lune, ils emporteront avec eux un fragment de cette même pierre, qui ainsi, retournera enfin là d’où elle vient !
Un morceau de Lune à bord de l'ISS
Apollo 16 - Une pierre lunaire ramenée par Apollo XII refait le voyage vers la Lune !Dans le cadre d’une expérience scientifique concernant le champ magnétique de la Lune, les astronautes de la mission Apollo 16 ont emmené evec eux une pierre lunaire rapportée sur Terre par Apollo XII. Cette pierre, démagnétisée avant de repartir vers la Lune, a permis de vérifier une hypothèse des scientifiques, à savoir la "contamination magnétique" des échantillons pendant le voyage ! Ils ont vu juste, ce fut bien le cas, mais en partie seulement, prouvant que la Lune a eu un champ magnétique lorsque son noyau était liquide, mais bien moins puissant que le laissaient croire les échantillons ! August 23 Christopher Columbus Kraft - Un détail insignifiant peut changer le cours d’une vie !En 1944, lorsque Christopher Kraft obtient son diplôme d’ingénieur en ingénierie aéronautique du Virginia Polytechnic Institute avec B+ de moyenne il propose ses services au constructeur d’avions Chance Vought dont le siège se trouve à East Hartford dans le Connecticut, et, juste au cas où, car il faut toujours avoir un plan de secours, il envoie également sa candidature au NACA (National Advisory Committee for Aeronautics), une agence fédérale dont le siège est à Hampton* en Virginie, au sein du Langley Memorial Aeronautical Laboratory, qui deviendra le Langley Research Center. Le NACA est à l’origine d’études et de découvertes fondamentales en aéronautique. Il reçoit deux réponses favorables. Il se rend donc comme convenu à Bridgeport dans le Connecticut pour son premier jour de travail chez Chance-Vought. Pour entrer dans les locaux, le secrétaire à l'accueil lui demande son certificat de naissance. « Je ne l’ai pas sur moi, personne ne m’a rien dit ! » « Vous ne pouvez pas entrer sans. Mesures de sécurité » « Que puis-je faire ? » Kraft passe quelques coups de fil et envoie un télégramme au service de l’état civil de Richmond pour qu’on lui envoie un extrait d’acte de naissance. Le certificat est sensé arriver par porteur spécial le lendemain. Mais non. Le secrétaire lui demande de revenir le surlendemain. Toujours rien. Kraft demande à parler à un responsable. « Non ce n’est pas possible ! » « Ah non ? Et pourquoi pas ? » « Question de sécurité, vous parlerez à un responsable lorsque vous aurez votre certificat ! »
Agacé par la mentalité bureaucratique de cette société, il appelle le NACA pour demander si leur offre d’emploi tient toujours, on lui passe un responsable qui prononçe les mots magiques : « Bien sûr ! Quand pouvez-vous commencer ? « La semaine prochaine » « Bon, disons jeudi prochain. A très bientôt alors ! »
Il boucla sa valise en deux minutes, et il lui fallut 5 minutes de plus pour rédiger une lettre à Chance -Vought expliquant les motifs de sa décision. Il ne reçut jamais de réponse !
Tout le monde connaît la suite, le NACA disparaîtra en 1958 pour être incorporé dans la nouvelle NASA, une agence qui s’occupera d’aéronautique mais également d’espace. Christopher Columbus Kraft deviendra le premier directeur de vol de la NASA… Avec un tel prénom il ne pouvait avoir qu'un destin hors du commun ! Kraft reste à jamais le premier "Flight", une figure de légende de la conquête spatiale !
Comme quoi, un détail insignifiant peut changer le cours d’une vie !
* Anecdote dans l'anecdote : la petite ville de Phoebus dont Kraft est originaire sera administrativement absorbée par Hampton en 1952. (Phoebus avait le statut de «Town », Hampton celui de « City ») August 22 1 229 heures pour assembler un V-2 !L’assemblage complet d’un missile balistique V2 dans l’usine souterraine de « Mittelwerk » nécessitait 1 229 heures de travail. August 21 Wernher von Braun et Charles SadronCharles Sadron (1902-1993) est un éminent physicien français. Après sa thèse il obtient une bourse Rockefeller qui lui permet de partir travailler un an aux Etats-Unis dans le laboratoire du professeur Théodore von Kármán * au California Institute of Technology de Pasadena, un des plus grands laboratoires spécialisés en mécanique des fluides. Ce dernier lui propose même de rester aux USA et de travailler avec lui, mais il préfère rentrer en France. Charles Sadron fait figure d’exception, en effet, à cette époque peu de physiciens français suivent une formation complémentaire à l’étranger (…)
Résistant, il est arrêté par la Gestapo le 25 novembre 1943 à Clermont-Ferrand (où s'était repliée l'Université de Strasbourg) et est emprisonné pendant quelques semaines en France avant d’être déporté en Allemagne au camp de Buchenwald, d’où il sera transféré, ainsi que tous les prisonniers qualifiés, au camp de Dora-Mittelbau qui "fourni" à l’usine souterraine de production des V2, "Mittelwerk" près de Nordhausen, de la main d’œuvre **. Il y restera de février 1944 à avril 1945 sous le matricule 42.013.
Lorsque Wernher Von Braun apprend que Sadron est à Dora il souhaite le rencontrer. Au cours de leur unique entretien, en français, qui se déroule dans un des ateliers de "Mittelwerk", il lui fait part de sa sympathie et lui exprime ses regrets de le voir traité de la sorte, dans un tel état de misère. Il lui demande même s’il veut venir travailler dans son laboratoire à Peenemünde. Sadron refuse brutalement. Accepter serait une trahison, de plus il ne veut pas être mieux traité que ses compagnons d’infortune. Von Braun lui présente ses excuses et sourit en s'éloignant. En 1947, Sadron dans ses mémoires *** décrit Von Braun comme un homme jeune, d’apparence très germanique, qui parle parfaitement le français. Il précise par ailleurs qu’il a eu vis à vis de lui une attitude presque généreuse et s’est adressé à lui en termes courtois et mesurés.
Dans une lettre à Alvin Sawatski, le directeur technique de « Mittelwerk », Von Braun intervient en faveur de Sadron, demandant à ce qu'il puisse porter des vêtements civils et que ses conditions de détention soient améliorées. En vain !
Sadron et quelque élus seront tout de même autorisés à recevoir des colis. Il décrit partiellement le contenu du gros paquet reçu début avril 1944; boîtes de sardines, paquets de biscottes, boîtes de gâteaux secs, un miroir, de l'eau de Cologne, des vêtements, des cigarettes... des "Gauloises" [suprême ironie, le slogan inscrit sur les paquets de Gauloises était... "liberté toujours"] ...
Il serait naïf de croire que seules des considérations humanitaires soient à l’origine de ces démarches. La production en série de la A4 exige du personnel qualifié, il faut donc le « préserver ». Sadron travaillera dans l’atelier le plus « pointu » de l’usine souterraine, celui du Contrôle Qualité, dans la galerie transversale 28. En compagnie d’ingénieurs allemands il s'occupe notamment du système de guidage de la A4 (Mischgerät).
* En 1936 von Kármán a été l'un des co-fondateur de la société Aérojet et du désormais célébrissime Jet Propulsion Laboratory.
** Il faut savoir que la plupart des grandes entreprises allemandes ont à un moment ou à un autre eu recours à l’utilisation de main d’œuvre issue des camps de concentration. Dès 1937, les SS avaient déjà commencé à exploiter les détenus des camps en tant que travailleurs forcés au service de l'économie de guerre. Ils n'ont rien inventé, c'est une méthode classique de l'Antiquité et des pays coloniaux: utiliser des esclaves et des travailleurs étrangers dénués de droits. La pénurie de main-d’œuvre s’accroissant au fil de la guerre, elles y eurent de plus en plus recours. Les SS facturaient aux entreprises 4 Reichsmarks (RM) par jour pour un ouvrier et 6 RM pour un ouvrier qualifié.
*** « De l’Université aux camps de concentration : témoignages strasbourgeois » Edition originale 1947 - La 4ème édition date de 1996. (Le bouleversant témoignage de Charles Sadron est contenu dans les pages 177 à 231 : "A l'usine de Dora")
Il convient de préciser que sur les 20 000 victimes, détenus de Mittelbau-Dora, la très grande majorité a trouvé la mort pendant la phase d'agrandissement et d'aménagement de l’usine souterraine, qui passe en moins de 8 mois d'une superficie de 97 400 à plus de 112 000 m², et non pendant l’assemblage des missiles. Or l’équipe de Peenemünde était responsable de l’assemblage et non pas de la construction et du choix du site. Il est bien évident que s'il avait pu choisir, Wernher Von Braun aurait préféré que la A4 soit assemblée par des techniciens "civils" germanophones qualifiés et fiables (…)
Plus de 200 prisonniers travaillant sur les chaînes de montage, accusés de sabotage, furent pendus en public. August 18 Gemini V - "Arrêtez la Terre, je veux descendre !" ("Thêta Dot")Gordon Cooper et Pete Conrad sont dans l’espace depuis plus d’une semaine (ils viennent de battre le record de durée dans l’espace), il est temps de revenir sur Terre, mais l’ouragan Betsy* en formation sur les Antilles, oblige le centre de contrôle à déplacer le point d’amerrissage de plusieurs centaines de km et d’avancer quelque peu l’heure du retour. La rentrée s’effectue sans problème, mais l’amerrissage se produit à 92 milles marins en avant du point prévu (soit 170,3 km) et à 70 milles marins (130 km) du porte avion USS Lake Champlain. Cooper ayant vu sur ses instruments qu'ils vont être "un peu court", il a fait pivoter la capsule de 90° au lieu de 53° pour augmenter la trainée, sans cette correction l’erreur aurait été encore plus importante. Ce faisant Cooper et Conrad ont encaissé jusqu’à 7,2 g. En dépit de cette imprécision, les astronautes de Gemini V sont rapidement repérés et récupérés.
Christopher Kraft est sur le point d’allumer son cigare, lorsqu’un ingénieur tout penaud de « flight dynamics » s’avance vers lui pour lui avouer qu’une stupide erreur a été commise dans le calcul du point d’amerrissage. En effet, la vitesse de rotation de la Terre n’a pas été correctement prise en compte, au lieu d'utiliser la bonne valeur, 360,98°, on a pris 360,00° ** .
“Je suppose que cela n’arrivera plus ?” lance Kraft « Non, « Flight », certainement pas ! » « Vous savez que vous allez en entendre parler tout au long de la Splashdown Party » « Oui monsieur ! » « Bon, retournez travailler ! »
En effet, les gars de « Flight Dynamics » n’ont pas été épargnés ce soir là. « Très fort, vous avez théoriquement arrêté la Terre, afin que Cooper et Conrad puissent descendre ». (Une comédie musicale de Broadway s’intitulait “Stop the world, I want to get off” !) Cette bourde a été évoquée lors de la conférence de presse d’après vol et a bien évidemment été mentionnée dans les différents comptes rendus de la mission. Cette erreur n'a jamais été réitérée !
* Betsy fut l’ouragan de la zone Atlantique le plus violent de l’année 1965 (catégorie 5 sur l’échelle de Saffir-Simpson).
** Pour effectuer une rotation complète sur elle-même la Terre parcourt 360,98° et non 360°, (cf différence entre jour sidéral, 23 heures, 56 minutes et 4 secondes et le jour solaire moyen qui est de 24 heures)
August 16 Wernher Von Braun et le magazine Collier'sFin 1949 George Gallup organise un sondage, la question est la suivante : « Quelles sont d’après vous les réalisations scientifiques et techniques qui seront accomplies d’ici l’an 2000 ? » : 88% des personnes répondent que d’ici là on aura trouvé un remède contre le cancer. 63% estiment que les trains et les avions fonctionneront à l’énergie atomique. Seulement 15% pensent que l’Homme marchera sur la Lune dans les 50 prochaines années. Début 1955 ce chiffre passe à 38%, grâce notamment aux articles de Wernher Von Braun publiés dans le magazine hebdomadaire* Collier’s entre 1952 et 1953 ! (Collier’s comptait alors plus de deux millions de lecteurs).
Premier numéro de la série consacrée à la conquête de l'espace en date du 22 mars 1952
Ces articles de Wernher Von Braun mais également ceux de Willy Ley, Fred Whipple, Joseph Kaplan, Heinz Haber, Oscar Schachter, Cornelius Ryan, sans oublier, comment pourrait-on les oublier, les extraordinaires illustrations de Chesley Bonestell, Fred Freeman et Rolf Klep ont eu une influence majeure sur toute une génération ! Von Braun avait bien compris que pour envoyer un homme dans l’espace il ne fallait pas seulement convaincre les scientifiques, les industriels et les politiques mais également et surtout… le contribuable !
Après la presse écrite, Wernher Von Braun collaborera avec Walter Elias Disney qui souhaite produire trois émissions consacrées à la conquête de l’espace, qui seront diffusées sur ABC, et qui, bien évidemment, auront un impact encore plus important… Mais ça c’est une autre histoire, qui fera l’objet d’une prochaine anecdote…
* en aout 1953 Collier's devient bi-hebdomadaire. August 15 "Opération Manchot"Le 8 septembre 1944, Dieter Huzel et Magnus Von Braun (le frère cadet de Wernher) discutent dans le bureau de ce dernier, situé dans l’aile Nord de la "Haus 4" (bâtiment administratif à Peenemünde) lorsque sa secrétaire, "Fraülein" Beise, fait irruption : « Je suis désolée Monsieur Von Braun, mais… regardez ! » Elle tient dans sa main un journal dont le titre à la une est : « Vergeltungswaffe-2 Gegen London im Einsatz » (L’arme de représailles n°2 en action contre Londres) Les deux hommes se précipitent dans le bureau de Wernher Von Braun qui vient lui aussi d’apprendre la nouvelle, très vite les gens affluent et les conversations vont bon train. Entre ce que promet la propagande de Goebbels et le potentiel réel de la V2 il y a un gouffre dont tous les ingénieurs de Peenemünde sont conscients.
Wernher Von Braun fera le commentaire suivant : « N’oublions pas que c'est le début d’une nouvelle ère, l’ère des fusées. Malheureusement, force est de constater que les nouvelles technologies sont souvent utilisées comme armes dans un premier temps.»
En réalité le premier tir opérationnel réussi d’une fusée A4 en tant que missile balistique V2 a lieu dans le cadre de "l'opération manchot" quelques minutes avant onze heures et a pour cible… Paris. Le missile tombera en réalité sur Maisons-Alfort, situé à 3 Km de la capitale, tuant six personnes et en blessant 36. La France fut donc l'objet de la première attaque par missile balistique de l’Histoire ! Les premiers V2 sur la Grande-Bretagne ne seront tirés qu’en fin d’après-midi, le premier impact sur le sol anglais intervient à 18h41, sur la Staveley Road au niveau de Burlington Lane à Chiswick ! (3 morts, 17 blessés). Le dernier tir de V2 sur Londres a eu lieu le 28 mars 1945. Par une cruelle ironie c’est ce même 8 septembre, que les journaux anglais annonçaient la fin des tirs de V1 sur Londres. Le 7 septembre Duncan Sandys avait un peu précipitamment annoncé : « A l’exception de quelques tirs sporadiques, la bataille de Londres est terminée ! » August 11 Saturn V ou Saturn v * ?Il y a une histoire que tous les journalistes “spatiaux” des années Apollo ont entendue, un reporter aurait parait-il demandé à Wernher Von Braun : « Dites-moi, Dr Von Braun, qu’est ce qui va empêcher Saturn V « d’atterrir » à Londres ? ». Von Braun serait sorti de la pièce. L’anecdote est sans nul doute apocryphe. * La fusée A4 créée sous la direction technique de Wernher von Braun est plus connue sous sa dénomination V-2 (vergeltungswaffe 2 - arme de représailles n°2), le premier missile balistique de l'Histoire ! August 09 Guenter Wendt - Une visite mémorable !Guenter Wendt a toujours été très fier de faire partie du personnel directement impliqué dans les lancements. Parmi les milliers de personnes qui travaillent pour les vols habités, seuls un petit pourcentage ont le privilège de voir les vaisseaux spatiaux de près. Tous les corps de métiers sont indispensables et il est injuste que toutes ces personnes ne puissent pas voir les engins qui partent dans l’espace. Ce constat lui parut encore plus évident quelques temps après le « roll out » d’Apollo 14 vers le Pad A, lorsqu’un monsieur d’un certain âge vient à sa rencontre alors qu’il se dirige vers l’ascenseur de la « Structure Mobile de Lancement »*. Il s’agit d’un des agents d’entretien. « Excusez-moi monsieur, n’êtes vous pas la personne responsable du Pad ? » « Pas exactement » répond Guenter Wendt, « je suis seulement responsable des secteurs qui concernent le vaisseau spatial.» « Voilà, je travaille ici depuis plusieurs années et je n’ai encore jamais vu de vaisseau spatial. Pensez-vous qu’il y aurait moyen d’en voir un, un jour ? » « Combien de personnes travaillent avec vous ? » demande Wendt à brûle pourpoint. « Dix ! » « A quelle heure prenez-vous votre pause ? » « 14 heures ! » « Parfait, à 14 heures vous et vos collègues n’avez qu’à venir au niveau 4C où l’un de mes superviseurs vous accueillera ! ».
Le gars n’en croit pas ses oreilles !
A 14 heures très précises, les agents d’entretien se présentent à l’endroit convenu. Avant de commencer, il faut nettoyer les chaussures, vider les poches, et revêtir une blouse blanche, la même que celle portée par les techniciens ! Ce jour là, comme c’est plutôt calme, ils peuvent prendre leur temps et faire le tour complet des installations ! Ils sont repartis enchantés !
Guenter Wendt, lui aussi est heureux car il sait que ces personnes pourront raconter à leurs enfants et petits-enfants l’histoire de ce jour où ils ont vu un vaisseau spatial qui a fait le voyage vers la Lune !
* = Mobile Service Structure (C'est une structure en acier qui comporte plusieurs étages permettant l'accès aux différents systèmes du lanceur et du vaisseau spatial. Cette "tour" est ensuite déplacée pour permettre le lancement) Pour de plus amples informations sur la MSS : http://www.de-la-terre-a-la-lune.com/apollo.php?page=technos_mobss
Christopher Kraft - Glenn plus haut que Kennedy !Après le vol triomphal de John Glenn, le Président Kennedy a tenu à se déplacer en personne au Cap Canaveral, pour venir féliciter le nouvel héros de l'Amérique. Il en profite pour visiter le Centre de Contrôle des missions qui à l’époque s’effectue là bas. John Kennedy arrive radieux au « Mercury Control Center » accompagné de Glenn et d’une nuée de dirigeants de la NASA, de membres du Congrès, d’agents secrets et de journalistes. Kennedy et Glenn s’avancent en même temps et tendent leurs mains à Christopher Kraft, le Directeur de Vol. Pendant une fraction de seconde, il hésite, quelle main serrer en premier ? Contre toute attente Kraft serre d’abord la main de John Glenn en le félicitant pour sa performance, puis celle du Président ! Ce dernier lui fait comprendre par un large sourire, qu’il ne lui en veut pas d’avoir serré la main du premier américain en orbite, avant la sienne ! August 08 Où sont situés les moteurs de la fusée ?Au début des années soixante, le programme spatial était l’objet d’une telle couverture médiatique que beaucoup de politiciens y voyaient une opportunité pour se faire facilement un peu de publicité, ils étaient donc nombreux à « défiler » au Cap. C’est bien évidemment Guenter Wendt qui était chargé de leur faire visiter son domaine, le Pad ! Ce jour là, il reçoit le numéro deux du Comité des affaires spatiales du Sénat. Compte tenu de sa position, on aurait été en droit de s’attendre à ce que cette personnalité possède quelques notions de base sur le sujet. Dans la « White Room » Wendt lui explique les différentes étapes du remplissage de la fusée, l’installation de l’astronaute dans la capsule etc… Le sénateur écoute en silence, acquiesçant de temps à autre. Après son exposé, le gars regarde Wendt et lui demande : « Mon cher monsieur, dites-moi, où sont placés les moteurs sur cette fusée ? » « Monsieur le Sénateur, les moteurs sont tout en bas, sous la fusée » « Ah d'accord» dit-il en pointant le doigt vers le plafond « La fusée décolle donc dans cette direction, hein ? » Guenter Wendt, complètement interloqué ne put que lui confirmer la chose : « Oui monsieur, c'est bien ça, elle part dans cette direction ! »
Guenter Wendt - Vice de forme et vis cachée !Nous sommes le 20 février 1962, John Glenn est installé dans Friendship 7, il est temps pour l’équipe de Guenter Wendt de procéder à la fermeture de la capsule en posant et en fixant à l’aide des 70 boulons nécessaires, le panneau de la trappe d'accès. Alors que l’opération est à moitié terminée, une vis casse net, Guenter Wendt ordonne alors son remplacement et en informe Walt Williams par téléphone, qui fait interrompre le compte à rebours. Wendt récupère la vis et la met dans sa poche. Cet incident nécessite le redémontage complet du panneau afin d’extraire le morceau resté à l’intérieur, une opération qui prend environ 22 minutes, pendant lesquels la caméra de télévision fixe de la « White Room » retransmet les images des techniciens affairés, de dos, qui arborent le logo « Mc Donnell » sur leurs blouses blanches. James McDonnell, (Mr Mac, le grand patron) jubile, ravi de cette publicité gratuite ! A 8:05 le compte à rebours reprend et quelques instants plus tard tout le monde quitte la « White Room ». Après le décollage Guenter Wendt retourne à son bureau dans le Hangar S. En fin d’après-midi il reçoit un coup de fil de John Yardley (ingénieur en chef du projet Mercury chez McDonnell) : « Mr Mac souhaiterait récupérer la vis cassée afin de la faire recouvrir d’une couche d’or et l’exposer dans les locaux du siège de la société à St Louis. » Guenter Wendt regarde la vis et se dit : « aucune vis cassée ne ressemble plus à une vis cassée qu’une autre vis cassée » et il se trouve justement que dans le Hangar S, il y a quelques vis de trappe Mercury dans le même état ! Guenter Wendt se rend donc au bureau de Yardley pour lui donner l'objet. « Tu sais Guenter, il n’y a qu’une seule personne qui sait si cette vis est vraiment la bonne » lance t-il en l’examinant longuement dans ses mains, il ajoute : « Tu jurerais sur une pile de Bibles que c’est bien la bonne ? » « Tu as des Bibles sous la main ? » demande Wendt.
Comme il n’y avait pas de Bible alentours, ce que Wendt savait pertinemment, il fut convenu qu’il s’agissait de la vraie vis.
Il se trouve que dans la collection personnelle de Guenter Wendt, il y en a justement une qui lui ressemble étrangement !
![]() "LA" vis (collection personnelle de Guenter Wendt) August 06 Pad panique !Bien que les installations du tout nouveau Pad 14 (nous sommes en 1962) du Cap Canaveral soient bien plus sophistiquées que celles du Pad 5, (deux salles blanches climatisées sur la tour de lancement au lieu d’une seule salle quasiment ouverte aux quatre vents), certains « aménagements » laissent encore grandement à désirer, notamment les toilettes, en réalité trois latrines en bois, situées sous la structure principale du Pad… Ce lieu... d'aisance, fut le théâtre d’un mémorable incident… Alors qu’il est tranquilement accroupi, un électricien de l’équipe de Guenter Wendt, aperçoit, à travers les planches mal ajustées de la porte, un énorme crotale diamantin* d' environ un mètre quatre-vingts, se diriger lentement vers lui. Alors que le serpent approche inexorablement, le technicien apeuré ouvre la porte et lui lance des rouleaux de papier toilette. Imperturbable, le dangereux reptile continue de progresser dans sa direction. La peur ayant laissé place à la terreur, l’homme se lève, son pantalon toujours sur les chevilles, s’agrippe à l’encadrement de la porte, se balance au moment opportun, et d’un coup de rein saute par-dessus le serpent. Par chance, il retombe sur ses pieds et se met aussitôt à courir, enfin plutôt à sautiller, car complètement paniqué, il n’avait pas pris le temps de remonter son pantalon… Si tout le monde a trouvé cette histoire hilarante, le pauvre technicien, lui, a eu la frayeur de sa vie !
* Crotalus adamanteus fait partie des serpents les plus venimeux du monde, l’adulte mesure entre 1m20 et 1m80. August 05 Apollo 11 - La Plaque CommémorativeLa plaque commémorative en acier inoxydable emportée par le LM de la mission Apollo 11* est certainement la plus émouvante "capsule temporelle" jamais créée, avec celle de Pioneer 10. Elle mesure 22,8 cm X 17,9 cm pour une épaisseur de 1,58 mm. Les hémisphères et les lettres gravés ont été remplis avec une peinture époxyde noire. La plaque a ensuite été incurvée au diamètre des "jambes" du train d'atterrissage, et fixée sur l'échelle, précisémmemnt entre le sixième et le septième barreau de cette dernière (en partant du haut) qui en compte neuf. Courber la plaque permettait de ne pas gêner les astronautes lors de leur progression le long de l'échelle (cf photo ci-dessous). La fine protection en acier qui recouvrait la plaque fut ôtée par Neil Armstrong à 109:52:19 (Mission Elapsed Time – Temps Ecoulé depuis le décollage). ![]() Le 8 juin, soit un peu plus d’un mois avant le décollage, Ural Alexis Johnson, alors sous-secrétaire adjoint aux affaires politiques du ministère des Affaires Etrangères (United States Department of State) avait envoyé au comité en charge de déterminer les activités symboliques que les premiers astronautes allaient effectuer sur la Lune, une proposition de texte : « Nous qui les premiers, avons marché sur la surface de la Lune, laissons cette plaque pour commémorer notre voyage et pour témoigner du progrès de l’Homme dans sa quête de mieux comprendre l’Univers. Nous sommes venus au nom de toute l’Humanité explorer la Lune, et ce pour le bénéfice de tous les peuples. Puisse ce voyage nous permettre d’illuminer les mystères de l’univers et nous unir dans la recherche de la vérité et la compréhension de notre propre planète. » Devaient suivre le nom des astronautes et la date.
Si l’esprit a été conservé, une version plus expurgée, plus laconique fut produite avec le concours de James Humes (rédacteur de discours présidentiels) , Wiliam Safire (également rédacteur de discours présidentiels) et Pat Buchanan (conseiller du Président Nixon).
Une première version disait :
« Ici, des Hommes de la Terre ont atterri sur la Lune. Juillet 1969 après J-C. Ils sont venus en paix au nom de toute l’Humanité. Armstrong Aldrin Collins »
(A noter : Aldrin le n°3 dans la hiérarchie des équipages Apollo est mentionné après Armstrong, l’ordre sera modifié dans la version finale.)
En définitive le texte, lu à haute voix sur la Lune, par Neil A. Armstrong sera le suivant :
"Ici des Hommes de la planète Terre ont pour la première fois posé le pied sur la Lune. Juillet 1969 après J-C. Nous sommes venus en paix au nom de toute l’humanité »
Figurent les signatures et les noms des trois astronautes, Neil A. Armstrong, Michael Collins, Edwin E. Aldrin ainsi que de Richard Nixon, le Président des Etats-Unis.
Julian Sheer, le responsable des relations publiques de la NASA eut un peu de mal avec l’un des collaborateurs de Nixon qui, au dernier moment, insista pour que les mots « under god »** (que l’on peut traduire par « sous la providence divine » ou « sous la protection de Dieu ») soient ajoutés. Sheer fit remarquer que cela pourrait s’avérer offensant pour certaines personnes. Pour éviter tout conflit, il finit par accepter, sachant pertinemment qu’il était de toute façon trop tard pour apporter cette modification…
* Toutes les missions lunaires ont emporté une plaque sur la Lune (De Apollo 11 à Apollo 17). Seules les plaques Apollo 11 et 17 comportent la signature du Président.
** C’est le 14 juin 1954, que le Président Eisenhower avait fait ajouter la formule ”Under God” au serment « The Pledge of Allegiance » : "I pledge allegiance to the Flag of the United States of America, and to the Republic for which it stands, one Nation under God, indivisible, with liberty and justice for all. Deux mots qui ont fait et font encore polémique aux Etats-Unis, un pays où le principe de séparation de l’état et de la religion est inscrit dans la constitution !
August 03 Christopher Kraft - Un verre de lait et un bon cigare !Chris Kraft, le premier Directeur de Vol de la NASA, qui finît sa carrière comme Directeur du Johnson Space Center, buvait un grand verre de lait chaque fois que son ulcère à l’estomac, diagnostiqué en janvier 1957, le faisait souffrir. Son médecin le Dr Kearney lui avait par ailleurs vivement conseillé d’arrêter de fumer car disait-il : « C’est comme verser de l’essence sur un feu ». Ainsi fut fait… exception faite du cigare savouré à la fin d’une mission !
Une coutume qui a aujourd’hui disparu, fumer est désormais interdit dans les bâtiments de la NASA ! |
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